MICHEL ROGNON dit LAROCHE  (1639-1684) 

 

Église St-Germain-l'Auxerrois, ParisMichel Rognon est né vers 1639 en la paroisse de St-Germain-l’Auxerrois à Paris. Lors du recensement de 1681, à Neuville, il déclare être âgé de 42 ans. Il est le fils de Charles Rognon (né entre 1608 et 1613 et décédé avant le 14 septembre 1670) et de Geneviève Leparmentier (née vers 1619) demeurant à Paris. St-Germain-l'Auxerrois est l'une des plus anciennes paroisse de Paris et l'église existe encore aujourd'hui. Nous n'avons pu trouver quelque indication que ce soit au sujet de la vie de Michel Rognon avant son départ de la France avec le régiment de Carignan.  Les recherches en Europe pour cette période sont très incertaines; la France étant déchirée par les guerres incessantes et les révolutions, plusieurs documents précieux furent détruits. 

NOTE: Cet article comporte trois parties:

1) Soldat du régiment de Carignan-Salières

2) Michel Rognon demeure au Canada

3) Michel Rognon et Marguerite Lamain

Voir aussi l'article de Jean-Paul Gagnon  Michel Rognon dit Laroche, première génération.   

Soldat du régiment de Carignan 

Selon  Jacques Saintonge, Revue Nos Ancêtres, #4, 1988
 

Notre ancêtre, Michel Rognon dit Laroche vint au Canada avec un détachement du régiment Poitou commandé par le capitaine François de Tapie de Monteil et de Clérac. Cette compagnie s'était embarquée à LaRochelle le 26 fév. 1664 avec le Marquis Alexandre de Trouville de Tracy et de trois autres compagnies militaires: Chambellé, d'Orléans et de l'Allier commandées respectivement par les capitaines Clivier Morel de la Durantaye, de la Brisardière et Isaac Berthier. Après deux brèves escales aux îles Madère et Cap Vert, les vaisseaux cinglèrent droit sur Cayenne où ils avaient l'ordre du roi Louis XIV de déloger les Hollandais. Après avoir réussi sa mission, la flotte commandée par Tracy, le 25 avril 1665, fait voile vers Saint-Domingue, passe par la côte des Anglais de Saint-Christophe, double sans peine l'île de la Porterie, s'approche difficilement de l'île de la Tortue, passe au large des Bahamas, côtoie la Virginie et pénètre dans le golfe St-Laurent après un mois de navigation avec des vents favorables. À partir de Percé, les choses se gâtent; les vents se mettent à souffler en sens contraire, si bien qu'il faudra à la flotte un autre mois pour se rendre à Québec.C'est à Québec que les quatre compagnies se joignent au régiment de Carignan dont l'arrivée est signalée à Québec en juin,  août et septembre 1665. Les soldats du capitaine de Monteil hiverneront à Québec en 1665 et 1666 et à l'Ile d'Orléans en 1666 et 1667.

 

 

Selon Robert Turner et Claudette Laroche (voir bibliographie)

 

Nous n’avons pas trouvé le contrat d’engagement militaire de Michel Rognon, mais ce qui est certain c’est en qualité de soldat du régiment de Carignan que Michel Rognon franchit l’Atlantique dans les rangs de la compagnie de Poitou dont le capitaine en titre était François de Tapie de Monteil. Le 26 février 1664 le lieutenant général du roi, M. de Tracy, s’embarque avec 700 hommes, à La RochelMaquette du Brézé suspendue dans la nef de l’église de Notre-Dame-des-Victoires, à Québec.le, sur deux navires de fort tonnage, le Brésé 800 tonneaux et le Téron, légèrement plus petit, à destination de Cayenne pour en expulser les Hollandais. Le journal des Jésuites, "La Relation", dit: outre les troupes, il y a « quantité de noblesse ». Après avoir visité Cayenne, M. de Tracy fit un séjour dans les îles de la Martinique et de la Guadeloupe pour empêcher un problème de soulèvement. Le 25 avril 1665, M. de Tracy et ses troupes mettent la voile à destination du Canada et arrivent à Gaspé le 18 juin 1665. Le navire le Brésé étant trop gros pour les eaux traîtresses de l'estuaire du fleuve St-Laurent, le général, son entourage et quatre compagnies de soldats furent transférés sur deux petits navires pour continuer le voyage. Douze jours plus tard, le 30 juin 1665, on célèbre avec enthousiasme leur arrivée à Québec.

 

Rognon était le nom de Michel, "Laroche" était le surnom que selon la coutume dans le régiment, il avait reçu au cours d'une cérémonie appelée "Baptême du régiment".

 

Au départ de son régiment en 1667, Michel Rognon dit Laroche choisit de demeurer au Canada et s'installe sur une terre dans la paroisse de Point-Aux-Trembles près de Québec, aujourd'hui Neuville. Il est d'ailleurs un des pionniers de cette paroisse avec Jean Belland, Claude Charpentier, Jean Proust, Pierre Pichet, Jean Dubec, Nicolas Sylvestre, Nicolas Langlois, Léonard Faucher, Louis Constancineau et quelques autres, en tout 55 concessionnaires.

Soldat du régiment de CarignanReproduction du costume des soldats du régiment de Carignan  « Le régiment de Carignan, écrit l’historien militaire René Chartrand, fut l’un des premiers de l’armée française à revêtir l’uniforme. Les soldats furent dotés d’une tenue brun et gris, et ceux qui partirent pour le Canada emportent comme armes des mousquets, des fusils à baïonnettes - une nouveauté à l’époque - et tous portaient l’épée. Les piques furent laissées en France, étant inutiles contre les Iroquois.» 

En plus du Brézé et du Téron qui sont en Martinique, six autres navires furent requis pour transporter les troupes du régiment de Carignan-Salières comptant 1200 hommes répartis en 20 compagnies. « À cause des moyens limités de la marine marchande française, l’affrétage d’une telle flotte, selon l’historien Jack Verney, fut peut-être le plus gros défi de M. Colbert de Ferron qui est chargé de trouver les navires pour la traversée en Nouvelle-France.» Le "Joyeux Siméon", navire hollandais de 200 tonneaux, affrété par Pierre Gaigneur marchand à Larochelle et à Québec, est réquisitionné le premier. Il quitte Larochelle pour la Nouvelle-France le 19 avril 1665 et accoste à Québec le 19 juin 1665. Les autres vaisseaux qui transportent les troupes du régiment de Carignan sont le "Paix", "l’Aigle d’Or", le "Saint-Sébastien" et le "Justice" qui partent au début de mai 1665. Le navire "Jardins de Hollande" est le dernier à prendre la mer le 22 juin 1665. Le voyage est pénible et, dès l'arrivée, 130 soldats malades seront hospitalisés; 30 d'entre eux décéderont des suites du voyage.  Plusieurs soldats ne retourneront jamais à la mère patrie. Des terres leur étant promises et, l’amour aidant, ils décident d’embrasser une nouvelle carrière, celle de colon. Un travail pénible les attend, parfois la misère, mais ils jugent quand même plus avantageux de rester ici. Ces soldats savent fort bien que, de retour en France, ils se retrouveront sur de nouveaux champs de bataille, car le roi Louis XIV ne cesse de faire la guerre à ses voisins.

Après que toutes les troupes furent arrivées en Nouvelle-France, le vicaire apostolique pour le Canada, Mgr François de Laval, mandat le père jésuite Claude Dablon de préparer les soldats non confirmés à recevoir le sacrement de confirmation. Le 25 juillet 1665 Mgr de Laval présida la cérémonie et transmit le sacrement à tous les soldats dont Michel Rognon, qui déclare alors être âgé de 28 ans.

En ce qui concerne l’expérience militaire de notre ancêtre Michel Rognon, les historiens confirment que sa compagnie a participé à au moins une bataille durant l’hiver 1665-1666. Selon le journal personnel écrit par François de Monteil sur sa carrière dans l’armée (1661-1670), il y note un fait militaire relevé par plusieurs historiens. « Le Marquis de Tracy, voulant en finir au plus tôt avec les indiens, partit avec le gouverneur du Canada, de Courcelles, au mois de janvier 1666, pour tenter de surprendre un village des Aniers par un froid terrible qui faisait mourir, en marchant, les hommes et les guides.» Le régiment se perdit dans la forêt et les indiens Iroquois en profitèrent pour les attaquer. Selon M. de Monteil, Il y eut 400 morts parmi les soldats, les miliciens et les indiens qui accompagnaient M. de Tracy. 

La compagnie de François de Tapie de Monteil est cantonnée à l’île d’Orléans au cours de l’hiver de 1666-67 sur des terres appartenant au seigneur Jean Bourdon, également seigneur de Dombourg. La dite compagnie comporte 35 hommes dont le capitaine, M. de Monteil, deux lieutenants, un sergent, un enseigne et trente soldats. Selon la coutume, le capitaine désignait chacun de ses soldats par un surnom qu'il choisissait lui-même. Ainsi, à l'exception des officiers, chacun des trente soldats reçu un surnom commençant par la lettre "L", C'est de là que provient le surnom de Laroche attribué à Michel Rognon. Un seul soldat; Étienne Bourru dit La Rose, est décédé en octobre 1667. Lors du licenciement du régiment, en 1668, le capitaine de la compagnie, le sieur de Monteil retourne en France le 5 novembre 1668 à bord du navire "l’Espérance". Il a continué à servir dans l’armée à son retour en Europe jusqu’en 1670. 

Selon l’historien Chartrand, après la victoire de septembre 1666 sur les Iroquois, ceux-ci négocient la paix, et un traité est signé en juillet 1667. Le roi avait autorisé que chaque soldat désirant demeurer en Canada se verrait accorder des vivres pour six mois à un an, et des gratifications dont le montant varie selon leur grade. 

 

Voir partie 2) Michel Rognon demeure au Canada

Bibliographie 

Groulx, Chanoine Lionel,  Revue d’Histoire de l’Amérique Française, mars et juin 1960, documents inédits.

Histoire Populaire du Québec

Lacoursière, Jacques, " Épopée en Amérique "

Lacoursière, Jacques, " Histoire des familles Laroche "

Pour le Christ et le Roi, " La vie au temps des premiers Montréalais "

Provencher, Jean , " Les Quatre Saisons "

Tapie de Monteil, François, capitaine au régiment de Poitou (1661-1670) " Le livre de raison "

Tapie de Monteil, François, capitaine au régiment de Poitou (1661-1670)  " Mémoires"

Trudel, Marcel " Histoire de la Nouvelle-France "

Verney, Jack "The Good Regiment, The Carignan-Salieres regiment in Canada, 1665-1668"

 

Site de l'Association des familles Laroche et Rochette inc.