Zéphirin Rochette fait souche à Nicolet

Philippe Manseau

 

   Zéphirin Rochette, natif de Québec, a à peine un an à la mort de sa mère Thérèse Lavignon. Son père exerce le métier de tanneur à Québec. Avec ses frères et sœurs, il est élevé par sa belle-mère Louise Bergevin. Il ne fréquente pas beaucoup l’école puisqu’à son mariage, il déclare ne pas savoir signer. Encore jeune, il apprend le métier de maçon, probablement en s’engageant comme apprenti chez un maître maçon. En 1822, il suit sa famille qui s’installe sur une ferme à Nicolet. Il a alors 14 ans. C’est à cet endroit qu’il perfectionne son métier, qu’il se marie et qu’il élève de nombreux enfants. Avec son frère Félix, il sont la branche la plus importante de Rochette qui se soit développée dans la région de Nicolet aux XIXe et XXe siècles. Voici, en abrégé, son histoire, celle de ses ancêtres et celle de ses descendants.

 

Les ancêtres de Zéphirin Rochette
 

   L’ancêtre de Zéphirin Rochette, le premier qui ait mis pied en Nouvelle–France, s’appelait Michel Rognon dit Laroche. Ce n’est qu’un siècle plus tard que certains de ses descendants prirent le nom de Rochet puis de Rochette.

   Il est arrivé à Québec vers le 30 juin 1665 comme soldat de la compagnie de Monteil au régiment du Poitou(Carignan). Il était le fils de feu Charles Rognon et de Geneviève LeParmentier de Saint-Germain l’Auxerrois, ville et archevêché de Paris. Quelques semaines après son arrivée, soit le 25 juillet 1665, Michel est confirmé et reçoit le scapulaire, à Québec. Il a alors 28 ans.

 

Eglise Saint-Vivien de Rouen, France, où fut baptisée Marguerite Lamain. (Photo prise en juin 2001).


   Marguerite Lamain est une « Fille du Roy ». Fille de Jacques Lamain et de Marguerite Deshaies de Saint-Vivien, ville et archevêché de Rouen en Normandie, elle arrive de France avec des biens évalués à 300 livres, ce qui était une dote importante pour une Fille du Roy. Si on y ajoute les 50 livres données par le Roi, il y a de quoi attirer plus d’un célibataire. Ce sera Michel Rognon dit Laroche qui aura son cœur et sa dote. En effet, le 3 septembre 1670, Michel et Marguerite signent un contrat de mariage à Québec devant le notaire R. Becquet. Ils s’épousent le 14 septembre 1670 à Québec. Elle n’a que 14 ans; Michel en a 33.
 

Michel Rognon n’attend pas de se marier pour s’établir en Nouvelle-France. En effet, le 20 mars 1667, il obtient une concession de M. Bourdon Dombourg  (Neuville) (gr. Becquet). Après son mariage, il s’y installe avec son épouse. C’est là que naîtront leurs six enfants : Charles (1773), Denis (1674), Guillaume (1676), Marguerite (1678), Jeanne (1681) et Louis (1683).

Michel Rognon meurt à Neuville le 8 novembre 1684. Ses funérailles ont lieu le 10 courant. Marguerite, son épouse, reste avec 6 enfants en bas âge; le plus vieux a 11 ans et le plus jeune à peine 16 mois. Elle doit se remarier rapidement pour subvenir aux besoins de sa famille. C’est ce qu’elle fait le 8 janvier 1685 en épousant Pierre Mercier, fils de Gabriel Mercier et de Perrine Coidrielle. Marguerite aura encore huit enfants avec son deuxième mari. Le 12 janvier 1712, Marguerite Lamain et Pierre Mercier font une donation à Marguerite Rognon et Charles Dévigny, gendre et fille de Marguerite (gr Laneuville). Pierre Mercier décède en novembre 1712. Ses funérailles ont lieu le 17 du même mois. Marguerite, pour sa part, s’éteindra vers la fin de 1714 après s’être donnée à son fils Charles Rognon le 10 octobre 1714 (gr Dubreuil).

Deuxième génération : Charles Rognon

Ainsi, il semble que le fils aîné de Marguerite et Michel Rognon, Charles Rognon, hérite du bien paternel, du moins en partie.  En premières noces, il épouse, à Québec le 9 novembre 1699, Anne Martel, fille d’Honoré Martel et de Marguerite Lamirault. Une première fille, Marie-Charlotte,  naît le 25 octobre 1701. Elle est baptisée à Neuville le 28 octobre et décède le 6 janvier 1702. Malheureusement, Anne meurt en mettant au monde un enfant mort-né, le 21 février 1703. Ses funérailles ont lieu à Tilly le 25 février.

Charles Rognon se marie en secondes noces le 2 juillet 1703 à Tilly, avec Charlotte Huot, fille de Nicolas Huot et de Marie Fayet, et veuve de Jean Vaillancourt. Charlotte est née le 28 février  1672 à Château-Richer. Cinq enfants naîtront de cette union ; quatre décéderont en bas âge. Seul survivra le deuxième, Charles, né et baptisé le 5 mai 1705 à l’Ange-Gardien.

Troisième génération : Charles Rognon

   Charles Rognon, fils de Charles et de Charlotte Huot, épouse Marie-Angélique Mathieu le 3 septembre 1731 à Pointe-aux-Trembles de Portneuf. Marie-Angélique n’a que 15 ans (elle est née le 11 juillet 1716) mais elle lui donnera 13 enfants, tous nés à Neuville, ce qui assurera largement sa descendance. Dans l’ordre d’arrivée, on retrouve : Angélique (1732), Jean-Baptiste (1733), Charles (1736), François-de-Sales (1737), Marie-Françoise (1740), Augustin (1741), Marie Charlotte (1742), Thierry (1744), Nicolas (1746), Marie-Angélique (1747), Joseph (1749), Marie-Anne (1751) et Michel (1757).

 

Quatrième génération : Thierry Rognon (Rochet)

Thierry Rognon (Rochet), né le 17 février 1744, fils de Charles et de Marie-Angélique Mathieu, épouse Marie Joseph Léveillée le 16 janvier 1769 aux Écureuils. Marie Josephte, née vers 1743, est la fille de Jean Léveillée et de Catherine Gaudin.  Le dictionnaire Tanguay donne quatre enfants à ce couple; pour ma part, j’en ai trouvé sept : Thierry (1770), Jean (1771), Joseph (1773), Charles (1775), Michel (1776), François (1778) et Jacques (1782). Il semble que les enfants ont tous pris le nom de Rochet puisqu’on ne trouve plus de Rognon, dans cette lignée, à partir de la cinquième génération.

Cinquième génération : Charles Rochet

Charles Rochet, fils de Thierry Rognon et de Marie-Josephte Léveillée, voit le jour le 19 février 1775  à l’Ancienne Lorette.  Je n’ai encore rien trouvé sur les détails de son enfance.

Acte de baptême de Zéphirin Rochette, le 17 juin 1808 à Québec.
 

   Le 26 janvier 1801, à Québec, il épouse Thérèse Lavignon, née à Québec le 14 avril 1780, fille mineure de Pierre Lavignon et de Geneviève Alain. Il déclara alors exercer le métier de tanneur et d’habiter Québec. Il déclare aussi s’appeler Charles Rochet et être le fils de Thierry Rognon et de Josephte Léveillée. Lors du baptême de ses enfants, il leur donne le nom de Rochet. Par la suite, certains, comme Zéphirin, prendront le nom de Rochette. Il est important de noter que, parmi les témoins à ce mariage, il y a Jacques Bergevin dit Langevin. Le couple vit à Québec où il fait baptiser ses enfants. J’en ai retracé six : Julie Rochet, née le 22 janvier 1802; Charles Rochet, né le 24 mars 1803; Anastasie Rochet, née le 6 mai 1804; Félix Rochet, né le 9 novembre 1805; Zéphirin Rochet (Rochette), né le 16 juin 1808; Joachim Rochet, né et décédé le 21 août 1809.

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Thérèse Lavignon décède prématurément le 13 septembre 1809, à Québec, à l’âge de 29 ans, à peine trois semaines après avoir accouché de Joachim. Elle est inhumée le lendemain dans le cimetière des Picotés à Québec.Ayant des enfants en bas âge, Charles Rochet ne peut rester veuf bien longtemps. Il tente sa chance auprès de Marie-Louise Bergevin dit Langevin, qui lui semble bien connue, puisque Jacques Bergevin dit Langevin, oncle de Marie-Louise, a été témoin à son premier mariage. Charles et Marie-Louise s’épousent à Beauport le 22 mai 1811. Des enfants naîtront de ce second mariage; j’ai identifié six filles, nées à Québec entre 1812 et 1819, et une née à Nicolet  le 20 août 1823. Ce sont: Théotiste, Émilie (décédée à 15 mois), Marguerite, Christine, Émilie (seconde du même nom), Scholastique (décédée à un mois) et Louise.

Charles Rochet déménage sa famille à Nicolet et s’établit sur une ferme, probablement au cours de l’année 1822. . Le couple Charles et Marie-Louise a avec lui les enfants du premier mariage de Charles, soient Julie, 20 ans, Charles, 19 ans, Anastasie, 18 ans, Félix, 17 ans, et Zéphirin, 14 ans; et les filles issues de leur mariage soient Marie Théotiste, 10 ans, Marguerite, 7 ans, Christine, 6 ans et Émilie, 5 ans. Louise naîtra à Nicolet l’année suivante. Il n’est pas certain que les deux plus vieux, Julie et Charles, aient suivi la famille à Nicolet.

Charles, le père, ne profitera pas longtemps de sa nouvelle vie de fermier. En effet, il décède le 24 juin 1824 et est inhumé le même jour dans le cimetière de Nicolet. Il n’a que 49 ans. Quelques mois plus tard, soit le 12 octobre 1824, Anastasie, la seconde fille de son premier mariage, épouse Alexis Martel, à Nicolet. Le 28 avril 1829, Félix Rochet épouse Ursule Tardif, à Nicolet. Le plus jeune des enfants de Charles et de Thérèse Lavignon, Zéphirin Rochet, mon arrière-arrière grand-père, épouse Charlotte-Mathilde René, à Nicolet le 16 février 1830. Je n’ai rien trouvé sur les destinées des deux enfants aînés, soient Julie et Charles Rochet.

    Après la mort de son mari, Marie-Louise Bergevin ne se sent pas chez-elle à Nicolet. Probablement à l’été 1825, elle revient à Québec avec ses filles. Mais c'est à Beauport qu’elle marie deux de ses filles: Théotiste mariée à Jacques Gauvreau le 25 novembre 1828, et Christine mariée à François Lortie-Laurent le 19 mai 1835. À l’acte de mariage de  Théotiste, Marie–Louise déclare habiter Québec. Au mariage de Christine, elle déclare habiter Beauport. Pour le moment, je n’ai pas trouvé de mariage pour Marguerite et Émilie. Tant qu’à la plus jeune, Louise, née à Nicolet, elle épouse Jean-Baptiste Crête à Sorel le 14 mai 1839. À l’acte de mariage, Marie-Louise ne déclare pas de lieu de résidence. Il n’est même pas certain qu’elle assiste au mariage. Parmi les témoins au mariage de Louise et de Jean-Baptiste Crête, il y a un certain Louis Edward Rochet, frère de la marié. Je n’ai pas trouvé l’acte de  naissance de ce frère, ni à Québec, ni à Nicolet, ni à Beauport. En réalité, seulement deux des garçons de Charles Rochet et de Thérèse Lavignon s’établirent à Nicolet ; ce sont Félix et Zéphirin Rochette.

 

Félix Rochette, un homme pas chanceux


    Félix Rochette exerce le métier de maçon, tout comme son frère cadet Zéphirin. Il est fort probable que les deux frères fassent équipe dans leur travail. Félix épouse Ursule Tardif  le 28 avril 1929, à Nicolet. Ensemble, ils ont quatre enfants dont un seul garçon, Gédéon, continuera la lignée. Ursule quitte ce monde très jeune, soit le 16 juillet 1842, laissant Félix avec quatre enfants en bas âge. Elle n’avait que 33 ans. Félix se remarie avec Catherine Lecomte le 16 janvier 1843. Mais, ce second mariage sera de courte durée. Catherine décède à son tour deux ans après son mariage, en donnant naissance à une fille le 16 août 1845. Cette fille, Marie-Louise, est baptisée le 17 août, jour des funérailles de sa mère. Elle décède le lendemain et ses funérailles ont lieu le 19 août. C’est un coup très dur pour Félix qui doit vivre deuil après deuil. Reprenant courage, il se trouve une nouvelle compagne, Émilie Houle, qu’il épouse le 31 août 1846, à Nicolet. Six filles naîtront de ce troisième mariage. Seulement deux se rendront à l’âge adulte. Félix décède à Nicolet, le 2 août 1852, âgé de seulement 56 ans. Gédéon, son fils de son premier mariage, épouse Sophie Trudel le 13 janvier 1863, à Nicolet.

Zéphirin Rochette et ses descendants

 

À la mort de son père, Zéphirin Rochette na que 16 ans. Son frère Félix en a 20. À cette époque, Nicolet est le village de prédilection pour les maçons. Il y aura bientôt du travail pour tout le monde. On se prépare à y construire les édifices des grandes institutions religieuses. Au début de la construction du séminaire en 1827, Zéphirin a 19 ans. Il est presque certain quavec son frère Félix, il participe à ces travaux denvergure qui sétendront jusquen 1831.

 

Troisième église de Nicolet dans laquelle fut célébré le mariage de Zéphirin Rochette

(Gracieusité des Archives du Séminaire de Nicolet  ………)

 

 

C’est à Nicolet quil rencontre lamour de sa vie, Charlotte-Mathilde René. Fille de Jean-Baptiste Cottret dit René et de Madeleine Courtois. Charlotte-Mathilde voit le jour à Nicolet le 23 novembre 1807. Zéphirin et Charlotte-Mathilde sépousent en la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Nicolet (dans la troisième église) le 16 février 1830. En consultant les registres paroissiaux, on peut lire, en date du 16 février 1830, lacte de mariage suivant:

« Le seize février mil huit cent trente, après la publication de trois bancs de mariage faites au prône des messes paroissiales en cette église par trois dimanches consécutifs, entre Zéphirin Rochette fils majeur de défunt Charles Rochette, tanneur, et de défunte Thérèse Lavignon en leur vivant de la paroisse et ville de Québec dune part, et Charlotte Mathilde René, fille majeure de Jean-Baptiste Cottret dit René, cultivateur de cette paroisse, et de Madeleine Courtois dautre part. Ne sétant découvert …, en présence de Jean-Baptiste Cotteret dit René, père de lépouse, C.  Bénoni(?) Cotteret dit René, cousin de lépouse, de Joseph et de Moïse René, frères de lépouse, de Félix Rochette, frère de lépoux soussigné, dAlexis Martel, beau-frère de lépoux, soussigné, de Pierre Parmentier, beau-frère de lépouse soussigné, et autres qui ont déclaré ne savoir signer.

Félix Rochette    Pierre Parmantier  

 Alexis Martel   Benj. Desrochers ptre »

 

    Après leur mariage, Zéphirin et Charlotte-Mathilde s’installent à Nicolet. Ils y feront baptiser tous leurs enfants et y demeureront toute leur vie. Des enfants, ils en auront plusieurs. En consultant les registres de la cathédrale de Nicolet, on en retrouve onze. Ce sont: Mathilde, née le 11 décembre 1830; Onésime, né le 23 juin 1832; Adèle, née le 15 mars 1834; Félix-David, né le 31 mars 1836; Louise, née le 17 octobre 1838; Julie-Aimée, née le 13 novembre 1840; Georgina, née le 24 juin 1842; Théophile, né le 3 juin 1844; Caroline, née le 5 mars 1846; Célina, née le 30 décembre 1847 et Évariste, né le 14 juin 1850.

 

Le deuxième enfant du couple qui, au baptême, reçoit les prénoms de Zéphirin Onésime, intervient de temps en temps dans différents actes, baptêmes, mariages ou sépultures, et signe indifféremment Zéphirin Rochette ou Onésime Rochette, ce qui laisse à penser qu’il s’agit de deux frères, Zéphirin et Onésime Rochette. Jusqu’à ce jour, je n’ai pas trouvé d’acte de baptême au nom de Zéphirin Rochette, fils de Zéphirin et de Mathilde René. Par contre, j’ai trouvé un acte de baptême au nom de Zéphirin Onésime Rochette. Je crois qu’il s’agit d’une seule et même personne.

 

Durant toute sa vie, Zéphirin Rochette exercera le métier de maçon. Ses garçons auront un métier différent :Onésime sera tanneur, comme son grand-père, puis hôtelier; Félix travaillera probablement comme tanneur; Théophile, mon arrière-grand-père, gagnera sa vie comme boulanger; tant qu’à Évariste, il sera commis. Ses filles prendront comme époux des hommes de Nicolet ou de la région : Louise épousera Georges Boisclair; Georgiana s’unira à Joseph Vallée en premières noces, puis à Dosithée Poisson en secondes. Quelques unes entreront en religion.

 

Onésime Rochette, tanneur puis hôtellier

 

En 1854, Onésime a 22 ans et exerce le métier de tanneur. Son père Zéphirin veut l’aider à s’établir. Ensemble, ils fondent une tannerie à Nicolet. Quelques années plus tard, Ils vendent la tannerie pour se lancer dans l’hôtellerie. C’est ainsi que naît l’hôtel Rochette. Située à l’entrée du village de Nicolet, au 21 de la rue Brassard (maintenant rue Louis-Fréchette), près du Séminaire, cet auberge accueillera les gens de passage et quelques pensionnaires permanents pendant près de cinquante ans.

 

Le 8 avril 1858, à Saint-Grégoire-le-Grand, Onésime Rochette épouse Louise Rouleau, fille de François Rouleau et de Françoise Gendron, résidents de Saint-Grégoire. C’est dans l’hôtel Rochette qu’ils élèveront leurs douze enfants.

 

 

L’Hôtel Rochette, rue Brassard à Nicolet, avant l’incendie de 1910

(Archives du Séminaire de Nicolet  F085/P10454).

 

 C’est un des fils d’Onésime, Évariste, qui héritera de l’hôtel et qui l’opérera jusqu’à l’incendie qui rasera le bâtiment et le restaurant voisin le soir du 9 février 1910. L’hebdomadaire  « Le Nouveau Trois-Rivières », dans son édition du 11 février, rapporte les faits suivants :

 

Conflagration à Nicolet, M. Ed. Rochette périt dans les flammes

 

    « Il était six heures environ, lorsqu’un incendie  se déclara dans l’hôtel Rochette à Nicolet, mercredi après-midi (9 février 1910). Cette maison était construite en bois; aussi le progrès des flammes fut-il excessivement rapide. En un instant, elles avaient envahi les trois étages de l’hôtel. Le propriétaire, M. Évariste Rochette et sa famille étaient sortis sains et saufs. On croyait qu’il en était ainsi de tous les habitants de cette maison. Mais on fut bien vite détrompé. On aperçut en effet tout à coup, à la fenêtre d’un étage supérieur, un homme entouré de flammes, qui appelait au secours. Il était humainement impossible de le sauver. On tenta néanmoins de l’arracher à sa terrible position, mais tout fut inutile et, dans l’écroulement de la bâtisse, il disparut dans le brasier.

 

Edmond Rochette, petit-fils de Zéphirin Rochette,

décédé dans l’incendie de l’hôtel. Photo prise vers 1895

(Archives du Séminaire de Nicolet, F002/019/306).

 

    C’était le frère du propriétaire de l’hôtel, M. Edmond Rochette, qui était endormi dans sa chambre, lorsque l’incendie se déclara. On a trouvé ses os calcinés dans les ruines de l’édifice. Pendant ce temps, les flammes continuaient leur œuvre dévastatrice; elles se communiquèrent bientôt au restaurant de M. Auguste Page. On craignit alors qu’une conflagration ne ravageât Nicolet, le vent soufflant avec violence. On téléphona à St-Hyacinte pour demander des secours, mais avant que les pompiers de cette ville fussent arrivés, on était parvenu à se rendre maître de cet incendie. Nos concitoyens, bien que n’ayant que quelques appareils pour combattre les flammes, ne se laissèrent pas décourager un instant, et c’est grâce à leurs efforts, si une partie de Nicolet n’est pas en ruine aujourd’hui. Les pertes s’élèvent de $30,000 à $40,000 pour M. Rochette qui avait une assurance de $10,000.

 

    M. Page ne possédait aucune assurance. On croit que ce désastreux incendie a été causé par une lampe qui aurait fait explosion. La victime, M. Edmond Rochette, était âgé de 35 ans, et bien connu dans Nicolet. 7 pensionnaires de l’hôtel ont perdu leurs bagages en partie. On voyait la lueur de cet incendie de Trois-Rivières. »

 

 

Les funérailles d’Edmond Rochette ont lieu le lendemain, 10 février, après que le coroner Cloutier ait donné l’autorisation d’inhumer.

 

Félix Rochette

 

On ne sait pas grand chose au sujet de Félix Rochette, fils de Zéphirin et de Charlotte-Mathilde René, sauf qu’il a épousé Aurélie Boisvert à Baie-du-Febvre le 8 novembre 1858. Aurélie est la fille d’Alex Boisvert et d’Antoinette Lemire.

 

Théophile Rochette, boulanger

Il n’y a rien dans les antécédents familiaux qui ait pu diriger Théophile vers le métier de boulanger. En effet, aussi loin que l’on remonte dans sa lignée, on retrouve des tanneurs et des maçons mais pas de boulanger. Il est possible que le métier d’hôtelier de son frère Onésime y soit pour quelque chose. Au début de sa carrière, il se trouve du travail un peu partout dans la région. C’est ainsi que vers 1863, on le retrouve dans une boulangerie à Berthier (maintenant Berthierville). C’est dans ce village qu’il rencontre Henriette Paquin, une fille dont les parents habitent Lanoraie. Elle même habite Berthier où elle travaille dans une maison privée comme bonne.

 

    Après les fréquentations d’usage, Théophile et Henriette se marient le 21 juin 1865, en la paroisse Saint-Barthélemy de Berthier. Ils s’installent alors à Lanoraie, probablement chez les parents d’Henriette. C’est là que voit le jour leur premier enfant, Marie-Louise, ma grand-mère maternelle, le 17 février 1866. Puis, le travail l’exigeant, le couple déménage à Baie-du-febvre, probablement à l’automne 1866. Il y fera baptiser deux enfants, Philippe-de-Néri le 22 mars 1867 et Charles-Évariste le 22 mai 1868.

 

J’ai retrouvé, dans le registre de Lanoraie, en date du 17 juin 1867, l’acte de sépulture d’un enfant du couple Théophile et Henriette, identifié du nom de Joseph Arthur Rochette. Il ne peut s’agir que de Joseph Philippe-de-Néri, à moins que ce dernier ait eu un jumeau. Je n’ai retrouvé aucune trace de ce jumeau hypothétique, ni à Baie-du-Febvre ni à Lanoraie. Il est possible qu’à l’été 1867, Henriette soit allé passer quelques temps chez sa mère avec ses deux enfants. C’est là que son plus jeune serait décédé et aurait été inhumé.

 

En 1869, Théophile et Henriette déménagent à Nicolet. Théophile s’est trouvé du travail à la boulangerie Toupin. Avec le temps, il est possible qu’il soit devenu un associé d’Ovide Toupin. Les relations entre les deux hommes semblent bonnes puisque Ovide Toupin sera parrain du quatrième enfant  de Théophile, Arthur, né le 6 décembre 1869.

 

Théophile Rochette et Henriette Paquin finiront leurs jours à Nicolet après y avoir élevé quinze enfants dont six garçons qui, à leur tour, auront une nombreuse descendance. Leurs filles s’uniront aux familles Duval, Cécil, Lemire et Houde, ou entreront en religion.

 

Évariste Rochette, commis

Évariste Rochette, le plus jeune des fils de Zéphirin et Henriette Paquin, épouse Ernestine Tousignant le 9 septembre 1873, à Nicolet. À cette occasion, il déclare exercer le métier de commis. Huit enfants naîtront de ce mariage, quatre garçons et quatre filles. Un des garçon mourra en bas âge. Le plus jeune des garçon et les quatre filles iront s’établir à Manchester, New Hamshire, où ils fonderont chacun leur famille.

 

Conclusion

    C’est vraiment grâce à Zéphirin Rochette, si cette nombreuse famille s’est implantée à Nicolet au milieu de dix-neuvième siècle et s’y est développée. Depuis ce temps, quelques branches se sont éteintes faute de descendants, d’autres ont quitté la région, croyant trouver fortune aux États-Unis ou ailleurs. Mais, encore aujourd’hui, à Nicolet, des descendants témoignent de la vigueur et de la ténacité des gênes héréditaires de Zéphirin Rochette et de Charlotte-Mathilde René.

 

Références bibliographiques

  1. G.-Robert Gareau, « Le Régiment de Carignan 1665-1668, essai d’identification des soldats », Édition G.-R. Gareau, Montréal, 2001 (p. 160).

  2. Jacques Mathieu et Alain Laberge, « L’occupation des terres dans la vallée du Saint-Laurent, les aveux et dénombrement 1723-1745 », Les Éditions du Septentrion, Québec, 1991.

  3. L’Abbé Joseph-Elzéar Bellemare, « Histoire de Nicolet, 1669-1924 », Édition privée, Arthabaska, 1924.

  4. Le Nouveau Trois-Rivières (Trois-Rivières),  Vol II No. 31, le 11 février 1910, p. 1.

  5. Les Archives du Séminaire de Nicolet, 900, boulevard Louis-Fréchette, Nicolet, Qc

Nous remercions bien sincèrement  M. Philippe Manseau, descendant de Zéphirin Rochette pour son  autorisation à publier son  captivant article  qui a  paru dans la revue Entre-Nous.  Merci aussi à Mme Pierrette Rochette qui me l’a fait connaître.
André Rochette

Note du webmestre: Cet article est reproduit à partir du Larochette de Mars 2003. Monsieur Manseau est décédé peu de temps après sa parution.

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