LOUIS ROGNON (1683-1718) et son épouse M.-ANNE GRENON

Ancêtres des Familles LAROCHE

Louis Rognon est le cadet des six enfants de Michel Rognon et de Marguerite Lamain. Il est né le 22 juillet 1683 à la Pointe-aux-Trembles de Neuville et baptisé par le curé Jean Basset le lendemain, dans la petite «chapelle en colombages recouverte de paille» de la paroisse St-François-de-Sales de Neuville.

Louis n'a pas connu son père, Michel Rognon, celui-ci étant décédé alors qu'il n'était âgé que de 15 mois. Il a appris de son beau-père, Pierre Mercier, et de ses trois frères aînés, à travailler la terre et mettre en valeur les terres en «haut-bois». La différence d'âge avec ses trois frères le porte naturellement à tenir compagnie à ses deux demi-frères, Antoine et Pierre Mercier avec qui il s'est lié d'une grande amitié.

Comme son père et son beau-père, Louis Rognon est un homme simple. Il a également hérité d'eux le goût du travail, du silence et de la discrétion. Il n'a pas peur des hivers rigoureux, des étés courts et chauds, de la terre vierge toute boisée, sans chemin.

Durant sa jeunesse, il accompagne ses frères et soeurs. Il visite avec eux les seigneuries de Ste-Croix de Lotbinière et de Saint-Antoine-de-Tilly, situées juste en face de la terre familiale du côté sud du fleuve Saint-Laurent. La traversée se fait en canot lorsque la marée est «fine basse» et prend normalement 30 minutes à s'effectuer. Plusieurs jeunes et énergiques braves traversent même à la nage. L'hiver le fleuve est presque complètement gelé et la traversée s'effectue plus facilement. Tous les enfants Rognon, à l'exception de Denis et de Marie Jeanne, épouse de Joseph Loriot, se sont installés à St-Antoine-de-Tilly pour une période plus ou moins prolongée après leur mariage.

Louis Rognon demeure avec ses parents au moins jusqu'au 30 août 1707, alors qu’il épouse Marie-Anne Grenon. Le curé Jean Basset célèbre la cérémonie nuptiale devant plusieurs parents et amis dont Pierre Mercier, son beau-père, Charles, Denis, et Guillaume Rognon, ses frères. Au moment du mariage, la famille Grenon demeure aussi à Neuville. Louis avait fait la connaissance de Marie-Anne Grenon à Neuville. Fille de Pierre et de Marie Delavoie, elle y est née le 9 octobre 1686.

Le premier enfant du couple, Louis-Joseph, est né et baptisé à Neuville. La famille demeure-t-elle encore avec Marguerite Lamain? Louis a-t-il amené son épouse chez ses beaux-parents jusqu'à l'arrivée du bébé? Ce qui est certain c'est que tous les autres enfants sont nés à St-Antoine-de-Pade-de-Tilly. Deux enfants furent inscrits par les missionnaires aux registres de la paroisse de St-Nicolas, deux à la paroisse de Neuville, et deux à la paroisse de Tilly.

On peut dire sans se tromper que Marguerite Lamain a demandé à son fils Louis de prendre la relève sur la terre familiale ce qu'il a refusé, car le 13 août 1709, Antoine Mercier, son demi-frère accepte la proposition de sa mère. Donc, Louis et Marie-Anne Grenon sont déménagés à St-Antoine-de-Tilly. Il est probablement allé demeurer chez sa soeur Marguerite Rognon et son époux Charles De Sévigny, voisins de Jacques Baron. Charles De Sévigny et Marguerite Rognon ont pris la relève d'Antoine Mercier auprès de leurs parents au printemps de 1710. Le 2 mars 1711, Louis échange la partie de terre familiale qu'il possède à Neuville contre celle de sa soeur Marguerite à St-Antoine-de-Tilly. Le 16 septembre de la même année il obtient une concession de trois arpents de front sur trente arpents de profondeur, concédée par le seigneur Noël Le Gardeur de Tilly. Ses voisins sont Louis Croteau et Jacques Baron, père. Il devra payer au seigneur une rente annuelle de «trois livres, dix sols, six deniers et trois chapons de rentes, et un sol de cens sur le tout.»

La famille Rognon/Grenon est donc installée à St-Antoine de Pade de Tilly. Marie-Anne est fière de présenter à son époux six magnifiques enfants qui apportent beaucoup de joie à leur père. Ce sont Louis-Joseph (1708), Marie-Louise (1711), Marie-Anne (1713), Louis (1715), François (1717) et Antoine (1719). Tous se sont mariés et ont eu plusieurs enfants sauf Marie-Anne qui est décédée en bas âge.

Travailleur acharné

Nous n'avons pu retrouver l'acte de décès de Louis Rognon. Il s'est éteint dans le silence, à l'âge de 35 ans, le 8 juin 1718, «dans sa chambre», tel que spécifié dans

l'inventaire et le partage de ses biens tenu le 14 novembre 1721 par le notaire Horné de Laneuville en présence de sa veuve, M.-Anne Grenon.

Sept années avaient passé avant que Louis Rognon ne deviennent cultivateur, c’est-à dire un homme installé qui a des biens, une maison blanchie à la chaux, des bâtiments, des terres en culture. Pendant ces années difficiles, le combat avec la nature avait laissé des traces. Sept ans après avoir reçu sa concession de 30 arpents il avait réussi à obtenir une maison spacieuse, des bâtiments, un chemin devant sa porte, des voisins amicaux, un banc à l’église. Sa vie à passé à défricher, à bâtir. Il était devenu un habitant.

Pendant ces sept années de dur labeur, il avait eu le temps de construire une maison «pièces sur pièces couverte de planches aveq cheminée au milieu aveq masse de pierre et le reste en terre, plancher haut et bas sur 25 pieds de long ou environ sur saize pieds de large...» Peut-on imaginer de nos jours sept personnes demeurant dans une maison de cette superficie? 

Le savant suédois Pehr Kalm était un observateur minutieux. Lors de son séjour dans la colonie en 1749, il pénètre dans plusieurs maisons, et décrit ainsi ce qu'il avait vu: «... j'ai rencontré également des lits munis de quatre montants, comme nos anciens lits suédois qui sont passé de mode chez nous, en Suède. (...) Le lit ne peut pas se fermer et (...) les rideaux tombent à la venicale; durant la journée, ceux-ci sont rassemblés à la tête du lit et attachés au mur à cet endroit. (...) Le foyer est maçonné au centre de la salle commune, qui est assez grande: la partie de la salle située devant l'ouverture du foyer et le foyer lui-même servent de cuisine,

tandis que la partie opposée sert de chambre à coucher ou salle de réception pour les visiteurs; il existe parfois, derrière le foyer, un poêle en fonte qui chauffe la pièce. J'ai vu ce mode d'installation du foyer en quelques endroits au Canada... » Le soir venu, on étendait les paillasses par terre devant le foyer et on devait se relayer pour garder le feu "en vie" toute la nuit.

Louis Rognon avait aussi construit une grange de 36 pieds de long et une étable. Dix-sept arpents de terre labourable à la charrue furent mis en valeur par ce travailleur infatigable. Pour assurer ses déplacements, il avait une belle « cavalle (jument) tout attelée qui tirait une charette.» Louis Rognon avait aussi construit une grange de 36 pieds de long et une étable. Dix-sept arpents de terre labourable à la charrue furent mis en valeur par ce travailleur infatigable. Pour assurer ses déplacements, il avait une belle « cavalle (jument) tout attelée qui tirait une charette.» 

lit baldaquin

Il possédait également 4 bêtes à cornes, 2 cochons, 4 moutons, une poule et un bon fusil. En même temps que l'inventaire de ses biens, le notaire procède au partage de la terre familiale. Marie-Anne Grenon conserve la moitié et l'autre moitié sera séparée à parts égales entre les cinq enfants.

Deuxième famille

Comme sa belle-mère, Marguerite Lamain, Marie-Anne Grenon se retrouve seule avec une famille de cinq jeunes enfants dont l'aîné est âgé de 10 ans; le dernier-né est encore au berceau. Elle veut refaire sa vie le plus vite possible pour la survie de sa famille mais, en attendant, la vie continue. Elle se tourne vers son beau-frère Guillaume Rognon pour la conseiller et l'aider. Son voisin Jacques Baron vient sûrement l'aider avec ses enfants dont Jacques Baron fils qui est un jeune homme fort et travaillant. Il connaît depuis longtemps la famille Rognon, car il a grandit à Neuville et sa famille y demeurait encore en 1710.

Il semble se plaire chez Marie-Anne Grenon puisqu'il lui assure qu'il pourrait être un bon père pour ses enfants. Ils conviennent donc d'unir leurs vies et le mariage est célébré, le 17 novembre 1721, à St-Antoine-de-Tilly, par le curé Resche qui préside la cérémonie nuptiale. Jacques Baron, fils de Jacques et de Catherine Mesnil, est né à St-François, Ile d'Orléans, le 11 février 1702. Il est effectivement un bon père qui travaille très fort et s'occupe de sa nouvelle famille . Anne Grenon lui donne 4 autres enfants à aimer: Marie-Joséphine (1722), Jacques (1725), Jean-Baptiste (1727) et Pierre (1729). Tous se marièrent et eurent des enfants.

Claudette Laroche, membre # 199

Site de l'Association des familles Laroche et Rochette inc.